L'interprofession des semences et plants
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La filière semences et plants prépare ses lendemains

François Desprez, président de SEMAE depuis 2017, travaille avec l’interprofession depuis plus de trente ans. Il a vu évoluer les ambitions de SEMAE au fil des ans, et aborde avec recul les grands défis de demain.

François Desprez, Président de l’interprofession – © Florimond Desprez / Karine Boudart

Quel regard portez-vous
sur l’évolution de l’interprofession
depuis 60 ans ?

À l’origine, la vocation principale du GNIS était de permettre le développement de la production et l’utilisation des semences certifiées. Celles-ci étaient considérées comme un facteur indispensable au progrès de l’agriculture française. À l’époque, les pouvoirs publics et le monde agricole voulaient assurer l’autonomie alimentaire du pays ; il fallait organiser et promouvoir la production de semences de qualité pour répondre aux enjeux alimentaires.

Le GNIS s’est développé dès 1962, au fur-et-à-mesure que le cadre juridique et réglementaire encadrant la profession se complexifiait et devenait de plus en plus déterminé par l’UE. Le cadre réglementaire extrêmement détaillé dans lequel nous évoluons fait peser des contraintes sur les entreprises et producteurs de semences mais fonctionne bien.

L’autre raison d’être de l’interprofession était d’organiser la relation contractuelle entre les agriculteurs multiplicateurs et les établissements de production qui trient et conditionnent les semences et plants. Cela demeure l’objectif des accords professionnels, notamment. Cette évolution de l’interprofession depuis soixante ans justifie la transformation, l’année dernière, du GNIS en SEMAE.

Quels seront les grands défis à relever dans les années à venir ?

Aujourd’hui, la vocation de SEMAE est d’un ordre différent. Depuis une vingtaine d’années, nous avons vu naître des débats autour des OGM et de l’appropriation du vivant. La semence, qui était jusqu’alors l’affaire des professionnels qui la produisent et l’utilisent, est devenue un sujet de société. De plus en plus de parties prenantes, telles que les ONG environnementalistes, se préoccupent des actions de l’industrie semencière. L’acceptation sociale de nos métiers est un nouveau défi pour SEMAE. Nous devons donc améliorer la compréhension du public sur ce qui est fait au sein de la filière et de nos métiers, et aider les entreprises à participer à ce changement d’image.

La mise en place d’une politique de responsabilité sociale des entreprises (RSE) aidera l’interprofession ainsi que SEMAE à effectuer cette transition. Il est aussi important d’avoir une communication permanente, objective, rassurante et transparente en espérant que le grand public comprenne que ce que nous faisons est non seulement licite, mais surtout essentiel pour aider le monde à relever les défis de l’alimentation et du changement climatique.

Visite d’étudiants en agro-bachelor sur une parcelle de sélection de variétés de maïs – © SEMAE

D’ailleurs, un autre enjeu consiste à développer une vocation commune pour conserver la solidarité et la performance collective de la filière. L’instabilité des marchés agricoles et de la situation géopolitique peut perturber les relations entre les agriculteurs multiplicateurs et les entreprises semencières. Or, la relation de confiance est un élément clé pour assurer la réussite de la filière française. Il a alors été décidé de se rapprocher des acteurs de terrain en identifiant des correspondants parmi les professionnels. Ils seront aux côtés des délégations régionales de SEMAE pour relayer et amplifier en région les actions élaborées au siège parisien. En retour, ils transmettront des initiatives et actions prises sur le terrain pour alimenter la réflexion à Paris.

Enfin, il y a un enjeu d’influence : nous vivons une période cruciale de rénovation de toute la réglementation semencière dans l’Union européenne. L’ensemble du corpus réglementaire encadrant la profession va être réécrit au niveau européen. Nous avons donc besoin que SEMAE génère du consensus au sein de la filière et en fasse la promotion auprès de nos autorités nationales, notamment le ministère de l’Agriculture. Nous devons faire en sorte que la réglementation dont nous hériterons dans deux à trois ans soit conforme aux attentes et aux intérêts de la filière française.

Dans un contexte international complexe, quel rôle doit jouer SEMAE ?

Il faut rester humbles, car nous subissons avant tout les conséquences du contexte international. Comme toutes les entreprises, les semenciers sont confrontés aux conséquences de l’augmentation du prix de l’énergie. L’enjeu est d’absorber ces coûts et de pouvoir les retranscrire dans les prix de vente. SEMAE doit communiquer pour expliquer les raisons de la hausse des produits semenciers, notamment auprès des utilisateurs.

Par ailleurs, SEMAE encourage les acteurs à ne pas prendre de décisions hâtives pendant cette conjoncture particulièrement difficile, mais dont on peut espérer qu’elle soit temporaire. Le risque est de voir des agriculteurs multiplicateurs se détourner de la production de semences engendrant ainsi une perte d’expertise. Nous devons maintenir la confiance des acteurs dans la filière.

Enfin, la situation internationale actuelle a aussi un impact sur l’exportation. Or, notre capacité à exporter est notre force, avec un excédent de plus d’un milliard d’euros et un tiers de notre production concernée. SEMAE y a beaucoup contribué via la promotion internationale des semences françaises. Nous avons donc effectué une action de sensibilisation des pouvoirs publics auprès du ministère de l’Agriculture, pour montrer l’importance de l’exportation pour la filière française, ainsi que la dépendance de certains pays à la semence française.

Containers de plants de pomme de terre au départ pour l’export – © SEMAE / Jerry Fromont

M. DESPREZ, PRÉSIDENT DE SEMAE

Ingénieur agronome, François Desprez préside son entreprise familiale d’obtention de variétés et de production de semences, qui fêtera ses 200 ans en 2030. Il a commencé à participer aux travaux du GNIS dans les années 90, en siégeant au conseil des sections betteraves et chicorée, ainsi que céréales à paille et protéagineux. Il a ensuite été vice-président, puis président de l’association européenne Euroseeds et de l’Union française des semenciers. Il a participé aux travaux des sections du GNIS avant d’en prendre la présidence en 2017.

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Photo haut de page : © SEMAE / Paul Dutronc