L'interprofession des semences et plants
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La France des semences

Inspecteur, l’impartialité pour sécuriser l’utilisateur final

Michel Henguelle a fait toute sa carrière chez SEMAE en tant qu’inspecteur dans la zone Nord. Il nous partage son regard sur 40 ans de métier, entre devoir d’impartialité et passion.

Michel Henguelle, SEMAE Nord – © SEMAE

Parlez-nous de votre carrière chez SEMAE

Je suis né la même année que l’interprofession, en 1962. J’y ai été embauché à 20 ans en tant qu’inspecteur grandes cultures dans le Nord. J’ai ensuite été responsable d’espèces plantes à fibre et oléagineux. Pendant dix ans, j’ai vendu des stages en parallèle, à partir du catalogue de notre filiale de formation ASFIS. Pour garantir l’impartialité, j’ai dû arrêter cette activité.

Puis j’ai supervisé l’ensemble des activités de certification de la région. Je suis aujourd’hui responsable du secteur plants de pomme de terre dans ma région. En plus, je suis chef de projet lin et plants de pomme de terre au niveau national. Cette diversité dans les missions et dans le monde des semences m’a incité à faire carrière chez SEMAE pendant 40 ans.

En quoi consiste votre métier d’inspecteur ?

Inspection d’une parcelle de multiplication de lin fibres – © SEMAE

Nous réalisons trois types d’évaluations. D’abord, nous délivrons des autorisations pour produire des semences. Nous menons une enquête technique avec des points à vérifier pour la conformité de l’entreprise. Ensuite, l’entreprise déclare ses cultures à la Direction de la Qualité et du Contrôle Officiel (SOCFrance) de SEMAE pour produire des semences et les vendre.

Nous évaluons si la culture est conforme par rapport à des critères repris dans un règlement technique général et un règlement technique annexe spécifique à chaque espèce. Si la culture est acceptée, l’usine peut la trier et, le cas échéant, la certifier. Enfin, nous évaluons la qualité d’une partie des lots via un laboratoire de référence, à Angers.

Comment a évolué votre métier depuis 60 ans ?

Pendant longtemps, les inspecteurs ont eu la double casquette de surveillance des entreprises et de développement de la communication. Depuis la fin des années 90, nous ne pouvons plus porter ces deux missions, avec une concrétisation via une accréditation du Cofrac. Nos relations professionnelles sont uniquement liées à de la surveillance et de l’inspection.

Par ailleurs, avec les directives européennes, les entreprises sont de plus en plus responsabilisées. Elles peuvent elles-mêmes inspecter leurs cultures et leurs semences. Nous en surveillons une partie (minimum 5%). Nous travaillons plus en évaluation et audit système, ainsi qu’en vérification d’obligation de moyens. Enfin, depuis mon arrivée, les évolutions de l’informatique nous permettent de contrôler de plus près les entreprises, notamment en termes de traçabilité.

L’évolution de la réglementation sur les semences et plants

Comment voyez-vous l’avenir de votre métier ?

J’espère que nous n’irons pas vers une baisse de la surveillance liée à la réglementation européenne. L’intérêt du métier d’inspecteur tient aussi à la technique et au terrain !

SEMAE prévoit d’augmenter les contrôles pour les entreprises où il y a des problèmes de qualité sur certains lots, et de les diminuer pour celles qui marchent bien. C’est une évolution intéressante.

Quelle est votre vision des évolutions de l’interprofession depuis 60 ans ?

Nous avons changé notre organisation pour pouvoir garantir une totale indépendance du contrôle officiel vis-à-vis des instances professionnelles. Nous voulons conserver ce fonctionnement grâce auquel, aujourd’hui, la France est le 1er exportateur mondial en semences (hors potagères).

Nos professionnels travaillent bien, notre système est reconnu et nous recevons beaucoup de délégations étrangères qui veulent copier notre système. Depuis 1962, le contrôle de la qualité des semences sécurise l’utilisateur final.

« Je rends avant tout service aux professionnels »

Depuis 2019, Marie Riant est responsable des relations interprofessionnelles dans le Grand Est. Ses missions : communiquer, former et surtout répondre aux besoins des professionnels de la filière semences et plants.

Marie Riant, SEMAE Est – © SEMAE

14 ans d'évolution professionnelle chez SEMAE

Marie Riant évolue chez SEMAE depuis quatorze ans. D’abord inspectrice chargée du contrôle officiel des semences et plants, puis animatrice pédagogique à l’ASFIS, organisme de formation de la filière, elle occupe depuis 2019 le poste de responsable des relations interprofessionnelles (RRI) sur les régions Grand Est et Bourgogne-Franche-Comté. Depuis août 2022, SEMAE compte un RRI par région.

Animer la formation des professionnels

« Ma mission est avant tout de rendre service à l’ensemble des professionnels de la filière. Afin de répondre aux besoins des métiers de l’interprofession, j’œuvre beaucoup pour la formation via l’ASFIS », amorce Marie Riant. En général, les stages durent deux jours. Les formations fondamentales visent notamment des gens en reconversion.

En envoyant ses salariés se former, un professionnel souhaite transmettre l’importance de son métier et les initier à la filière et au monde végétal. Les formations plus techniques ciblent des personnes plus expérimentées. « Pour ma part, je prends en charge les thématiques sur la filière, la génétique et la réglementation phytosanitaire », détaille la RRI.

Renforcer la visibilité de la filière au niveau local

Marie Riant travaille en binôme avec le délégué régional pour rassembler les élus de la filière et les faire échanger entre eux. « Pour renforcer la visibilité de la filière au niveau local, nous constituons des comités régionaux » explique-t-elle.

Le binôme convie aussi les élus locaux à des déjeuners-débats thématiques avec les professionnels de la région. Par exemple, le premier déjeuner portait sur la sélection variétale de blé tendre. L’objectif de ces moments de partage est notamment de donner les outils de compréhension de la filière aux élus locaux. « En comprenant bien les sujets et les enjeux, ils peuvent être des soutiens pour la filière semences et plants » affirme Marie.

Communiquer sur le terrain

Les RRI ont aussi pour mission de communiquer sur les métiers de la semence. « Les métiers de la filière sont essentiels à la vie, pourtant le grand public nous connaît mal. Nous souhaitons qu’il prenne conscience que la filière est une chaîne de maillons reliés les uns aux autres » avance la responsable.

En binôme avec le délégué régional, Marie va donc à la rencontre des professionnels de la filière, des élus, de l’enseignement et du grand public pour leur parler de la semence. Elle présente la filière dans des écoles généralistes ou agricoles, organise des visites de stations de semences, intervient lors de forums d’étudiants et de portes ouvertes… « Nous montrons que la filière semences est en plein emploi car nous aurons toujours besoin de manger ! », s’enthousiasme-t-elle.

Évoluer avec les professionnels

Depuis 60 ans, l’activité principale de SEMAE consiste à répondre aux besoins des professionnels, du créateur variétal au jardinier amateur, en passant par tous les maillons de la chaîne. Ce sont eux qui composent le Conseil d’administration et orientent les axes de travail. « Ils évoluent, leurs besoins aussi, donc nous évoluons avec eux. Communiquer en tant que SEMAE, l’interprofession des semences et plants, est important, affirme la RRI. Notre agriculture a des messages positifs à faire passer au grand public qui connaît mal nos métiers. »

Par ailleurs, Marie ne manque pas d’ambition pour SEMAE : « Je souhaite que l’interprofession devienne l’interlocutrice incontournable des professionnels de la filière, des élus locaux et de l’enseignement pour tous les aspects liés à l’agriculture et surtout aux semences. Je veux que le public raccroche « semence » à SEMAE. »

Une étiquette pour tracer chaque lot

Xavier Hinard est responsable de l’impression des étiquettes officielles de certification de semences à la délégation Sud-Ouest de SEMAE, à Toulouse. Il explique en quoi consiste son métier, qui évolue en même temps que la réglementation européenne.

L'informatique au service des semences

Christophe Laud est assistant administratif et correspondant informatique au sein de la délégation Ouest de SEMAE, à Angers. Au service des entreprises semencières de la région depuis 1997, il a participé à une évolution constante des technologies au service des semences. Interview.

Christophe Laud, SEMAE Ouest – © SEMAE / APPALOOSA

En quoi consiste la mission d'assistant administratif au sein de SEMAE ?

Les entreprises semencières doivent nous fournir la certification de leurs lots et des résultats d’analyses. Nous nous assurons que les informations transmises sont conformes et dans les délais. Par exemple, si une non-conformité est relevée suite à une analyse, nous devons vérifier le devenir du lot concerné destiné à être reclassé ou détruit. Côté certification, l’assistant vérifie que l’entreprise transmet bien ses lots et qu’il n’y a pas d’anomalie.

Auparavant, il n’y avait que du papier. Au début des années 2000, l’application Certisem a vu le jour et a facilité les déclarations de résultats d’analyses, déclaration des lots et l’impression des étiquettes.

L’assistant administratif doit également contrôler les déclarations de contrats pour chaque espèce certifiée.

Et quel rôle le correspondant informatique joue-t-il ?

Je suis chargé d’accompagner les entreprises semencières dans l’utilisation des outils informatiques. Par exemple, au lancement de Certisem, j’ai formé tous les agents responsables en charge de la certification des lots. Aujourd’hui, je suis en charge de la maintenance et des mises à jour de l’outil.

Il y a 10 ans, nous avons mis en place un extranet au niveau national qui a encore simplifié les échanges. Les entreprises peuvent réaliser toute leur démarche de certification en ligne, elles peuvent aussi déclarer leurs contrats sur ce même extranet. D’autres services ont été développés comme les demandes d’inspection phytosanitaire, inspection indispensable pour celles qui veulent exporter.

Depuis 10 ans, nous avons aussi mis en place une application mobile, Fisem, un outil de notation des cultures. Elle sert à la fois aux techniciens des entreprises qui notent les cultures et aussi à nos inspecteurs sur le terrain. Ce sont eux qui forment les techniciens et moi je les accompagne dans l’utilisation de l’application.

Vous assurez une hotline en quelque sorte ?

Oui, je suis à l’écoute des besoins des entreprises et chargé d’identifier les dysfonctionnements. Je réalise beaucoup de dépannages par téléphone et je prends parfois la main à distance sur les postes. Et mes collègues dans les autres délégations prennent le relais quand je ne suis pas disponible. Nous sommes très solidaires !

En quoi consiste la cartographie des parcelles de semences potagères ?

En amont de la déclaration des contrats, les entreprises doivent vérifier que l’implantation prévue ne soit pas proche d’une culture similaire. Par exemple, deux parcelles de carottes doivent être au moins à 1000 m l’une de l’autre pour éviter toute pollution génétique.

© SEMAE / Philippe Roux

Avant l’informatique, il y avait un travail de concertation réalisé à partir de cartes IGN papier et de punaises… Dans les années 2000, nous avions un premier logiciel qui me permettait de dessiner les parcelles sur des cartes en présence du technicien. Ensuite, nous imprimions des grandes cartes qui servaient de base à des discussions. En 2014, une nouvelle application a vu le jour. Agreo est une solution en ligne qui nous fait gagner beaucoup de temps car les semenciers dessinent eux-mêmes leurs parcelles.

Mon rôle est ensuite d’animer le groupe d’entreprises et de vérifier que les cultures sont bien isolées. Chacun peut consulter le parcellaire en ligne. Au départ, ce service concernait les semences potagères, sur des zones bien précises, l’Anjou, la Beauce, le Sud-Ouest et la Vallée du Rhône. Ensuite le service a été étendu à l’ensemble du territoire métropolitain et à d’autres espèces comme la betterave, le colza ou le chanvre et d’autres vont y entrer. A l’avenir, on peut imaginer d’associer cette cartographie à la déclaration des contrats pour faciliter les démarches administratives des semenciers.

D’autres évolutions à venir ?

Je collabore au niveau national sur la refonte d’un outil utilisé par nos inspecteurs pour le prélèvement des semences et qui a 20 ans. Le projet consiste à revoir l’interface de Prelsem et d’intégrer toutes les évolutions demandées par le terrain. À suivre !

Accompagner les professionnels
et les collaborateurs dans la transformation

François Dubois est le délégué régional de la région Centre de SEMAE depuis décembre 2021. Il a rejoint l’interprofession après 20 ans au service d’entreprises semencières. Il nous explique sa mission et sa vision du rôle que doit jouer SEMAE sur le terrain.

François Dubois, SEMAE Centre – © SEMAE

Quel a été votre parcours avant de rejoindre SEMAE ?

J’ai travaillé pendant près de 20 ans au service d’entreprises de la filière semences dans des fonctions de direction, notamment sur cette région Centre et aussi en Bretagne, au début de ma carrière. Passionné par la filière semences, j’ai souhaité réorienter mon parcours en mettant mon expérience et mon réseau au service des professionnels avec une approche plus globale.

En quoi consiste votre métier de délégué régional ?

Je manage une équipe d’une vingtaine de personnes sur une grande région qui comprend l’Île-de-France, le Centre Val de Loire, la Corrèze, la Haute Vienne et la Creuse. Comme dans les 5 autres régions, nous avons deux rôles. D’abord, la certification et le contrôle avec 12 inspecteurs pour notre région Centre qui contrôlent les parcelles, les lots en usines et travaillent aux côtés des semenciers.

La deuxième mission de SEMAE en région, c’est l’animation du réseau et la relation avec les professionnels. Nous allons à la rencontre des professionnels, nous sommes à leur écoute, nous animons des réunions, montons des projets et nous portons leur voix au niveau de différentes instances techniques et politiques. C’est cette mission qui m’occupe au quotidien avec la volonté d’accompagner les professionnels comme mes collaborateurs dans cette période de transition.

Quelle est votre vision de SEMAE et de son évolution ?

Pour moi, c’est un exemple très concret de ce qui peut être fait par les professionnels lorsqu’ils décident de travailler ensemble pour être plus forts, garantir la qualité des produits et faire rayonner l’image de la filière en France et à l’étranger.

SEMAE arrive à faire dialoguer ensemble tous les acteurs d’une filière, comme les obtenteurs qui créent des variétés en passant par les producteurs jusqu’aux utilisateurs. Cette envergure doit nous servir pour tourner cette famille vers l’avenir. Pour avoir participé à la Section Céréales à paille et protéagineux auparavant en tant que professionnel, je considère que SEMAE est un vrai espace de dialogue.

L’interprofession, c’est aussi une démarche qualité, structurée, connue et reconnue, un système de certification et de contrôle qui fait rayonner la France à l’export. Même si des discussions peuvent être aujourd’hui amorcées pour faire évoluer les choses, il faut aussi se souvenir pourquoi tout cela a été mis en place.

Comme toute structure qui a un certain âge, SEMAE a besoin de se réinventer face aux challenges climatiques et réglementaires et de se projeter sur une échelle européenne, voire mondiale. Sous l’impulsion des professionnels, le projet stratégique Horizon 2024 a été imaginé et déployé. C’est un très bel exemple de transformation. Aujourd’hui, les salariés disposent d’une feuille de route claire et, personnellement, cette période de transformation m’a motivé à rejoindre SEMAE.

Pourquoi est-ce si important pour SEMAE d’être ancré sur ses 6 régions ?

Tout simplement parce que notre métier commence dans les champs. Il repose d’abord sur la production, les obtenteurs, les agriculteurs multiplicateurs, les semenciers… Nous devons être à leurs côtés, les deux pieds sur la terre, dans les territoires, car c’est de là que tout part. Même si les décisions se prennent à Paris, l’animation des filières se fait sur les territoires, au plus proche des cultures.

D’ailleurs, un poste de coordinateur entre régions et siège a été créé pour renforcer la communication. Et si nous souhaitons peser sur les décisions locales, nous devons occuper le terrain. Dans notre région, le pôle de compétitivité « Cap filière semences » est un exemple intéressant d’une coordination entre tous les acteurs pour maintenir notre compétitivité.

Quels objectifs l’interprofession poursuit-elle en régions ?

Nos professionnels voient avant tout la mission de contrôle lorsqu’ils pensent à SEMAE. Nous devons mettre l’accent sur notre mission d’animation du collectif et de représentation afin de rééquilibrer les choses.

Les entreprises font face à des défis : le changement climatique, le changement de paradigme par rapport à l’usage des produits phytosanitaires, la quête d’une production plus respectueuse de l’environnement avec des solutions durables. La semence joue un rôle central dans ce cadre. C’est une priorité d’être à leurs côtés pour les accompagner face à ces changements.

Notre rôle est aussi de les aider à renforcer l’attractivité de notre filière sur nos territoires. Notre savoir-faire français repose sur des femmes et des hommes. Il est vital d’attirer des jeunes pour le sauvegarder !

Nous sommes au tout début de la filière, le grand public ne nous connaît pas. Nous devons lui parler et aborder tous les sujets liés aux semences, en toute transparence.

L’innovation représente également un enjeu important sur nos territoires et SEMAE doit jouer un rôle de catalyseur. Pour produire autant et aussi bien, avec des contraintes techniques, climatiques, on a un réel besoin d’innovation… Au bout de la chaîne, les agriculteurs utilisateurs attendent de nous de les aider à vivre de leur travail en maintenant rendement et qualité.

Dans le même temps, la société et le changement climatique nous imposent de soutenir toutes les démarches visant à maintenir la biodiversité et toutes les formes de production de semences. C’est une réelle volonté d’ouverture qui anime SEMAE aujourd’hui.

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Photo haut de page : © SEMAE / Paul Dutronc