Plantes de services : des bénéfices mesurés sur le terrain
Sur le terrain, agriculteurs, techniciens et prescripteurs expérimentent chaque jour les plantes de services. Derrière les promesses, il y a des résultats : sols plus vivants, systèmes plus résilients, charges maîtrisées. À travers leurs témoignages, découvrez des retours concrets, des chiffres, et des choix techniques qui font la différence.
Témoignage 1 : Pascal Gaucher, Responsable marché fourragères et plantes de services chez Axéréal
Pascal accompagne les équipes terrain dans le déploiement des solutions auprès des agriculteurs. Il observe aujourd’hui une évolution nette des pratiques.
Ces dernières années, les plantes de services ont gagné en importance, avec une montée en technicité des couverts implantés.
“On voit que la moutarde de base a tendance à diminuer, au profit de compositions plus techniques, notamment des mélanges multi-espèces avec des légumineuses.”
Cette évolution ne s’explique pas uniquement par la réglementation. Lorsque les couverts sont mis en place par contrainte, les agriculteurs restent sur des solutions simples. En revanche, dès lors qu’ils en perçoivent l’intérêt agronomique et économique, les choix deviennent plus réfléchis et adaptés aux systèmes de culture.
Dans ce contexte, le rôle du distributeur est déterminant. Chez Axéréal, cela se traduit par un accompagnement structuré, basé sur des références techniques et des données concrètes.
“Il faut vraiment amener du factuel.”
Les argumentaires reposent notamment sur des essais terrain, permettant de comparer les coûts, les pratiques et les impacts sur les cultures suivantes. Cette approche permet de dépasser les idées reçues.
“Un couvert mal géré peut coûter plus cher qu’un couvert technique bien conçu.”
Les résultats observés confirment l’intérêt des plantes de services lorsqu’elles sont bien maîtrisées : amélioration des rendements, restitution d’éléments nutritifs, optimisation des charges. À l’inverse, un manque de technicité peut limiter, voire annuler, ces bénéfices.
Au-delà de l’aspect économique, l’enjeu est également agronomique et stratégique pour la filière.
“L’objectif, c’est aussi de préserver la fertilité des sols et le potentiel de production sur le long terme.”
Si certains freins persistent, notamment dans les zones à fort potentiel, les références disponibles aujourd’hui permettent progressivement de lever les doutes.
“Aujourd’hui, il y a suffisamment d’éléments techniques et économiques pour prouver que les couverts sont intéressants.”
Outils à disposition
Réglette « Cultures intermédiaires de service »
La boîte à outils de la transition agroécologique
Témoignage 2 – Olivier Pellerin, exploitant agricole dans le Cher
Exploitant agricole sur une exploitation de 800 hectares, complétée par une activité d’ETA couvrant jusqu’à 3000 hectares, Olivier Pellerin travaille sur les couverts végétaux depuis près de 20 ans, dont 10 ans à titre professionnel avec le développement de mélanges et de solutions d’implantation.
Très tôt, il s’est intéressé aux intercultures, notamment pour éviter les sols nus et répondre à des enjeux à la fois agronomiques et environnementaux. Aujourd’hui, il travaille majoritairement avec des fédérations de chasseurs, intégrant à la fois des objectifs faunistiques et agronomiques.
« Aujourd’hui, je ne vois plus l’interculture comme une contrainte administrative, mais comme un vrai plus agronomique. »
Des résultats concrets sur le terrain
L’année dernière, les conditions climatiques favorables et une implantation optimisée ont permis d’obtenir des résultats particulièrement significatifs.
En semant ses couverts très rapidement après récolte (dans les 3 jours) pour conserver l’humidité du sol, et en combinant différentes espèces (radis fourrager, tournesol, sarrasin, millet, trèfles, phacélie, bourrache), il a pu atteindre :
- 115 unités d’azote restituées via les reliquats azotés
- Une couverture du sol efficace, limitant le salissement
- Une amélioration notable de la structure du sol
« Quand on a une végétation présente, on évite le salissement. C’est un des grands intérêts de l’interculture. »
Un levier économique réel
Au-delà des bénéfices agronomiques, Olivier souligne un impact économique direct.
La restitution d’azote peut représenter un gain significatif :
- Jusqu’à 150 €/ha en équivalent engrais azoté selon ses estimations
Il donne encore un levier très concret après un maïs, il a pu implanter un nouveau maïs sans aucun travail du sol, grâce à la structuration apportée par le couvert implanté en interculture.
« J’ai pris la décision de semer en direct, c’est-à-dire que je ne fais aucune préparation de sol. »
Cette pratique lui permet de réduire directement ses charges :
« Entre le carburant et l’usure, je n’économise pas loin de 80 € à l’hectare. »
Les plantes de services deviennent alors un véritable outil de pilotage économique, et non plus seulement une contrainte réglementaire.
- Environ 80 €/ha d’économies sur le travail du sol (réduction des passages, carburant, usure)
Dans certains cas, l’amélioration de la structure du sol permet même de passer en semis direct, sans préparation préalable.
« Quand vous avez de l’azote qui vaut 800 €, oui, il y a un vrai intérêt économique. »
Des bénéfices multiples, au-delà du rendement
Si Olivier ne constate pas forcément de gain direct sur les rendements, il identifie clairement plusieurs bénéfices : amélioration de la structure des sols, réduction du salissement et des adventices, diminution des charges de mécanisation, valorisation de l’azote.
Un changement de regard progressif
Longtemps perçus comme une contrainte réglementaire, les couverts végétaux suscitent aujourd’hui un intérêt croissant chez les agriculteurs.
« Ça fait 10 ans que j’en parle autour de moi… et aujourd’hui, ce sont les autres qui viennent me voir pour travailler le sujet. »
Témoignage 3 : Sébastien Minette, chef de projet à la Chambre d’agriculture de Nouvelle-Aquitaine
Dans le cadre de ses travaux en agronomie, Sébastien a accompagné il y a quelques années un agriculteur de la Vienne (86), exploitant environ 250 hectares sur des sols limoneux sensibles à la battance et présentant un déficit en matière organique.
Face à ces contraintes, une transition progressive des pratiques a été engagée, avec une réduction puis une suppression du travail du sol, ainsi que l’introduction de couverts végétaux. Très rapidement, des améliorations ont été observées, notamment sur la structure du sol et la facilité de travail.
« Il a très vite vu un effet sur la structure et sur la facilité à travailler le sol. »
Les premiers couverts mis en place étaient relativement simples, associant des espèces comme la moutarde, l’avoine et la féverole, avec des objectifs complémentaires : restructurer le sol en surface et apporter de l’azote. Au fil des années, ces couverts ont été progressivement complexifiés, jusqu’à atteindre aujourd’hui des mélanges d’une dizaine d’espèces, permettant de diversifier les services rendus.
Les résultats obtenus ont été significatifs. Les restitutions d’azote mesurées grâce à l’outil MERCI ont varié entre 15 et 80 unités par hectare, permettant dans certains cas de se passer totalement d’apports d’azote minéral sur des cultures comme le tournesol.
« On n’apportait plus d’azote minéral, il utilisait celui issu des couverts. »
Par ailleurs, la répétition des couverts a contribué à une amélioration du taux de matière organique et, plus largement, de la fertilité du sol.
Au-delà des bénéfices agronomiques, ces pratiques ont également généré des retombées économiques concrètes. L’agriculteur a ainsi valorisé le stockage de carbone lié à ses pratiques, notamment grâce aux couverts végétaux, qui constituent un levier majeur de séquestration.
« Les couverts végétaux, c’est un gros pilier du stockage du carbone. »
Sur une période de cinq ans, cela lui a permis de générer environ 400 000 euros de revenus supplémentaires, qu’il a notamment réinvestis dans son exploitation, en faisant l’acquisition d’un semoir de semis direct.
Dans un second temps, un partenariat avec un éleveur a été mis en place, permettant de faire pâturer les couverts. Cette pratique présente un double intérêt : elle facilite la destruction des couverts tout en accélérant la minéralisation de l’azote, améliorant ainsi sa disponibilité pour les cultures suivantes, tout en contribuant à une meilleure maîtrise des coûts.
Un point essentiel mis en avant dans cet accompagnement concerne la qualité des semences utilisées. Dans des conditions de semis souvent contraignantes, notamment en période estivale, la réussite de l’implantation peut être fortement impactée par le stress hydrique et les températures élevées.
« On sait qu’on va avoir de la perte à la levée, parce qu’on est en conditions défavorables. »
Dans ce contexte, le recours à des semences certifiées apparaît comme un levier déterminant pour sécuriser la réussite des couverts.
« C’est un gage de réussite. Il faut mettre tous les leviers de son côté. »
En effet, l’implantation d’un couvert représente déjà un investissement en temps, en matériel et en intrants : utiliser des semences de qualité permet d’en maximiser les bénéfices.
Les plantes de services : des semences de qualité au service de l’agriculture durable
Ce système innovant a d’ailleurs été reconnu à travers plusieurs distinctions, dont un trophée de l’agroécologie et une reconnaissance régionale, témoignant de la pertinence des choix techniques mis en œuvre.
À travers cette expérience, plusieurs enseignements clés se dégagent pour réussir l’implantation de couverts végétaux. Il est tout d’abord essentiel de définir clairement l’objectif recherché.
« Le couvert doit avoir un objectif. »
Ce choix conditionne ensuite la sélection des espèces, voire des variétés, ainsi que la période de semis.
Enfin, une approche progressive est recommandée.
« Tester les couverts, c’est les adopter. »
Il n’est pas nécessaire de recourir immédiatement à des mélanges complexes : commencer simplement permet déjà d’observer des résultats, avant d’éventuellement diversifier les couverts.
Ce retour d’expérience illustre pleinement le rôle central des couverts végétaux comme levier agronomique, environnemental et économique.
« Si demain on n’a pas les couverts, on perd du potentiel agronomique et économique. »
